Nous détaillons (ci-contre) une entrée d’immeuble. La barre a été livrée à la fin des années 50. Les unités d’habitations suivent une distribution de deux appartements par étage. Les lots se déclinent du T3 au T5 traversant. L’immeuble est implanté en hyper centre, à proximité d’une place emblématique de la ville. Une statue juchée au sommet d’une colonne pointe de l’index une large avenue, reliant en équerre cette cité méditerranéenne à son littoral.

Le début de l’année 1960 est marquée par la mort de l’écrivain Albert Camus. L’auteur de « L’Étranger » se tue le 4 janvier dans un accident sur une route de l’Yonne.

L’année 1960 voit la mise en circulation du Nouveau Franc. Cette nouvelle ère monétaire intronisera la notion de franc lourd. Le poids d’une pièce de12 grammes pèse dorénavant l’équivalent de 100 anciens francs. Le poids de la conversion donnera la migraine à toute une génération.

Les éléments composant l’entrée d’immeuble (image ci-dessus) rappelle à quelques égards la finition du tableau de bords d’une automobile de prestige. Les matériaux combinés offrent une géométrie de formes harmonieuses.

Citons à titre d’exemple la marque Facel-Vega, fleuron de l’industrie automobile française. Une marque active de 1954 à 1964. La Facel-Vega emprunte une partie de son nom à l’étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre. L’autre partie est un acronyme qui désigne les Forges et Ateliers de Constructions d’Eure-et-Loire.

 Michel Gallimard est au volant de sa HK 500, roulant le 4 janvier sur la RN 5, en direction de Paris. Sa famille est installée sur la banquette arrière et Albert Camus est assis à droite du conducteur.

La Facel-Vega fait une embardée à plus de 150 km/h et percute de plein fouet un platane. L’accident a lieu à la hauteur de la commune de Villeblevin. L’impact a complètement disloqué la voiture. Le conducteur décédera quelque jours plus tard à l’hôpital. Les deux passagères seront sévèrement blessées, mais survivront.

Nous entrons dans le hall. Empruntons l’escalier. Poussons la porte d’une intimité feutrée et découvrons monsieur assis dans le salon avec un journal à la main. La radio est allumée dans la cuisine, où madame prépare le dîner. Une phrase laconique s’étale en une : «Albert Camus est mort».

Le journal a eu la décence de ne pas jeter en pâture l’amas de tôle froissé. La rédaction a préféré illustrer l’article par un portrait sobre. La photo de l’écrivain a été insérée en haut à droite. Les quatre colonnes de la une s’étalent sur toute la longueur et une fine marge sépare les blocs, comme les allées d’un cimetière vu du ciel. Le visage de l’homme de Lettres se détache d’un fond obscur. Il semble se prêter au jeu de la pose de mauvaise grâce…

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