Ligne de coque ivre de conquête la vitesse en dénominateur commun fureur de vivre au nom d’aucune loi cherchant la bagarre héros marqué au fer rouge sans haine mais d’une violence d’insurgé la coque trône sa proue éclipse le soleil impose une présence qui n’a de compte à rendre à personne l’océan miroite paillettes dorées bulles de champagne et renommée grisante.

La grande évasion. Le cliché a jauni. La mécanique a rouillé. L’objet manufacturé est cependant figé dans une posture conquérante. Il symbolise le refus de se laisser enfermer dans une conteneurisation manipulable.

Micheline aimerait défenestrer son train-train quotidien. Mais sa volonté fait grève, otage d’un transport sans transcendance. Elle a tenté de tromper l’ennui. Il a rapporté le bâton pour se faire battre. Un paysage vallonné anime ses rêveries. Elle reste cependant dans une morne périphérie, taguée intérieurement par un mal passager.

Elle est un corps conducteur qui se recharge. Son humeur retrouve soudain un entrain. Ce n’est pas la première classe, encore moins l’Orient-Express, mais un transsibérien qui la sort d’un goulag intérieur. Son teint de steppe brumeuse reprend des couleurs. Elle mâchonne des pensées reconstituantes. Pendant ce temps là le train avale des kilomètres, brinquebalant d’un état à un autre Micheline.

Ambiance de travail LED.
Vous entrez dans un local de surveillance. La pièce sommairement aménagée est située au rez-de-chaussée d’un immeuble en construction. Cette intrusion constitue une infraction passible de poursuite. Le pictogramme apposé sur la porte était sans équivoque. L’employé n’est pourtant pas à son poste. Ni dans les environs. Ce qui constitue une autre infraction. Vous détaillez le mobilier. Ce n’est pas un inventaire mais une manière de relier les objets. Aucune voix ne vient vous interpeller. Aucun molosse ne vient déchirer le silence de ses crocs acérés. L’atmosphère semble débarrassé de tout contact extérieur. Vous faite corps avec ce milieu aseptisé. On pourrait imaginer que c’est vous. De retour d’une énième pause cigarette. Constatant avec soulagement que le pique des aiguilles portera l’estocade du labeur.

La carte bancaire et le territoire
Il est loin le temps des périples de Marco Polo devisant des terra incognita. A notre époque, il est plus courant de croiser Marco en polo. Le terme de voyage se confond aujourd’hui avec tourisme. L’exotisme opère en circuit fermé. Le corollaire reste cependant l’aventure. Marco Polo était un messager de la lenteur. Le jeune vénitien partit en 1271 de la république de Venise pour rallier les confins de l’Asie centrale. C’est-à-dire un voyage aller de trois ans qui se retourna comme une calzone pendant trois nouvelles années. Dans un laps de temps identique son contemporain a eu l’occasion de faire plusieurs fois le tour du globe. La route de soi a pris de ce fait le pas sur la route de la soie.

Les Mongols à Venise.

L’aventurier vénitien visita le peuple Tartares. Le vacancier joue le mongol en photographiant son steak tartare. De tous temps les voyageurs ont dû faire face à l’adversité et s’adapter. Le vacancier débonnaire n’est pas à l’abri d’un mouvement social. Le jeune explorateur devait se prémunir d’un mouvement ennemi. A chacun son foyer de tensions belligérantes.
Marco Polo traversait des contrées le plus souvent hostiles. Il évoluait dans un monde sauvage où la tolérance et le respect étaient des marques de faiblesse et le signe d’un déclin. L’ethnographe conta par le menu des récits guerriers, fondateurs d’une dynastie de Khan. Son contemporain n’est pas en reste. Marco en Polo affronta le marteau de la colère. Il triompha à maintes reprises du redoutable Shao Khan. Il humilia le boss dans Mortal Kombat 9. Sa renommée se propagea par la suite de forum en forum, comme celle de Marco Polo dans les agoras de son temps.

En tout éclat de cause
Paysage. Architecture. Deux éclats. Vitre. Morceaux épars. Les pensées le sont. Une chasse l’autre ou se combinent. Passant du coq à l’âne mais restant confinée les arches se répètent. On imagine une passerelle reliant. Le regard circule et invente une continuité. Personnage de cinéma qui n’enfile pas son rôle comme un plongeur une combinaison d’homme grenouille. Les palmes de l’un ne feront jamais la renommée de l’autre. La vocation est incarnation. Sa possession est celle de l’ambiguïté. Réfléchir la complexité du personnage et non refléter l’état civil de l’acteur. Dans son patronyme Delon double Alain. DE en UN. Une union qui ne fait non pas la force mais prolonge au-delà de.

La Rénovation
Raphaël est inscrit au registre du commerce comme artisan peintre polyvalent. Il est aussi l’architecte de sa renommée. Il lui arrive de montrer ses talents de musicien en jouant du pipeau. Le portrait dressé par ses commanditaires est cependant flatteur et on ne remarque aucune ombre au tableau.

Une impression de douceur émane de la scène et lève un voile pudique sur un drapé de tôle ondulée. Le rabot et la varlope sont posés dans le hors champ d’une pause déjeuner. Outils d’une noblesse artisanale au service d’un savoir-faire de tradition. Aucune autre histoire que celle du travail bien fait est échafaudée dans le cadre de ce chantier.

Et j’ai Criée

L’Arc de Triomphe symbolise dans les deux cas le rayonnement d’une étoile. Monument emblématique parisien ou emblème à jamais monumental et olympien. Le patrimoine ancre une identité et singularise. Les Parisiens remontent les Champs-Élysées et descendent vers le sud. Les Marseillais descendent la Canebière mais montent à la Capitale. A chacun sa langue qui maronne ou marave. A chacun ses noms d’oiseaux. Ici le gabian et là le pigeon. La grisaille d’une bohème ou le grand large en bordée. Chaque ville joue sa comédie et jette un pont entre les rives d’une mémoire collective. La ferveur du stade comme celle du pêcheur est dans tous les cas de faire trembler les filets.

Le hamster est mort mais la roue tourne encore

Dicté par l’obligation d’une convocation bien plus que le pas décidé vers la réception on pense au premier abord à un bâtiment administratif Force est de constater que les volets clos la barrière les touffes de végétation même les entrelacs d’un cœur ferronnier Force est de constater que plane en ce lieu un motif de rupture un air rance à mille lieux d’une ambiance de vacances en un mot le spectre de la liquidation judiciaire Cependant l’hôtel qui ne paye pas de mine a vécu des retours de bains enchantés et des petits déjeuners ensoleillés Que penser des arabesques et le délié d’une graphie au penchant ivre Que penser de la Bonhomie Bien Ballonnée du B Cependant tout autant que l’architecture mal dégrossie ce mot valise roule de travers interroge comme l’association de la carpe et du lapin Des astres peuplent la voie lactée des astres morts dont la lumière nous parvient comme une incandescence insomniaque Il n’en va pas ainsi de ses deux étoiles hôtelières plafonniers éteints bien plus que voûte céleste étoilée.

Bazooka et Malabar sont à Hollywood chewing gum

La plupart des enfants de la fin des années 70 ont grandi devant la télé. Certains avec un illustré ou un livre entre les mains. Le plus grand nombre a surtout joué dans la rue. La télé offrait des héros à transposer en bas de son immeuble. La rue fournissait le décor et les copains et copines. Les petites bandes se liaient et se déliaient. Renouer était aussi simple que de refaire ses lacets. Le jeu était exploration des interdits et excitation.

Un mur et un trait de craie suffisait à créer un court de tennis. Une balle en mousse à faire rebondir avec la main des heures de compétitions. La valse des éliminations rythmait les tournois. Les balles litigieuses semaient souvent la zizanie. Le rouge de la colère nous montait facilement aux joues. Ce n’était pas la volonté de se battre mais un trop plein qui nous débordait. Le sérieux prévalait quand même : car nous étions des athlètes dans notre tête. Nous étions aussi une génération à qui on foutait la paix. Des silhouettes furtives en périphérie buissonnière. Une maison délabrée était forcément hantée. Une friche la savane d’un Hic sunt Leones. L’intrusion était plutôt une mission d’infiltration. Un ni vu ni connu d’agent secret. En guerre ou en paix, mais à jamais dans un monde à part.

Des Fêtes

Le soleil est passé derrière la montagne. La blancheur du paysage se teinte d’une grisaille semblable à l’intimité familière d’une soirée alcoolisée. Une effervescence de 31 décembre transforme ce petit bourg en une avenue de ville lumière. A mille lieux de sa simplicité de terre rustique, où serpente des chemins dominés par des plateaux verdoyants. Un quant à soit donnant à croire que la nature se moque bien des choses humaines. La départementale est engorgée par un fleuve de carrosseries enneigées. Un camping car est en travers de la route, patinant pour se remettre dans un sens qui semble le bon. Mais comment savoir dans cette panique de transatlantique éventré.

En chien de présence

Les voilà extirpés du magma automobile. Il faut maintenant affronter la côte verglacée. La récompense sera une place sous l’auvent attenant au chalet. Les moins téméraires se garent dans le dégagement des poubelles en bordure de la départementale. Le carré de terrain est boueux et les chaussures de ville s’enfoncent dans la terre spongieuse. Il ne sont pas au bout de leurs peines, il faudra ensuite suer dans la côte, chargés comme des mulets.

Le périple routier est oublié. La chaleur bienveillante du chalet les lave de la fatigue accumulée. Les derniers convives font maintenant tapisserie. Le brouhaha des voix se mélange et des mains serviables s’affairent dans une cacophonie de couverts et assiettes entrechoquées. Tout ce remue ménage a réveillé le chien. L’animal s’était assoupi sur un vieux fauteuil. Il dresse une oreille, renifle une odeur de viande, attend, mais rien qui ne vaille arrive. Il se moule dans l’empreinte encore chaude du coussin, ne refermant pas tout de suite les yeux, comme s’il était privé de quelque chose qui l’affamait.

La voie du silence
Il y a écrit «gare» sur le fronton du bâtiment. Gare à toi. N’accepte pas ce rendez-vous. Mais il n’a pas écouté les voies de la raison. La proie entrera bientôt en scène. Le tueur est déjà sur place. Il va surgir au moment opportun. Aucun voyageur ne viendra se doubler d’un témoin gênant. C’est un dimanche lisse comme une toile cirée.

Le contrat a été exécuté. Si rapidement qu’on pourrait douter de sa réalité. Le tueur est reparti comme il était venu. Il a été précis comme un rapace. Il ne connaissait pas la cible. Il aura été cependant le dernier à croiser son regard. Il a perçu dans ses yeux un étonnement aussi profond que la lame a percé le secret de sa chair. Qui était la cible ? Pourquoi cette exécution? A quoi bon se boucher les oreilles quand le tonnerre a retenti? Tout ce que nous savons c’est qu’un homme est passé et qu’un autre a trépassé. Que les rails tracent une voie que tout les points de fuites semblent faire converger en une destination unique.

Écran d’arrêt

Tribute to A.L.

La fixité de l’image ne traduit pas la véritable intention de la vie qui s’écoule. La proximité des corps n’induit pas non plus une communication, ni ne la réfute. La dominante des couleurs évoque par contre une complémentarité.

Un visage souriant est souvent l’expression d’une parole. Le sourire engage à la réciproque. Mais le sourire est aussi une façade. Le spectateur ne dérangera jamais l’intériorité de cette scène. Tout comme le lion d’un zoo ne croquera pas le visiteur. Et le visiteur ne verra jamais le lion, mais un animal en cage.

La photo est un palais des glaces. On se faufile à travers une galerie ou bien on se cogne. C’est l’épuisement d’une énigme qui rend captif, puis à la longue indiffère. C’est la flamme qui danse et fascine, sans perdre sa force de contestation.

A Venir