Mort à crépi


La confrontation avec un mur donne toujours une impression de solidité et construit l’histoire d’une intériorité à percer.

Elle évoque le quartier la rue son immeuble construisant bifurquant sur le chemin de la foi (je viens de mentionner la madone d’angle sur la façade) elle a levé les yeux puis s’est tournée vers le ciel et le sujet de la foi a fait une apparition elle parle de son pèlerinage au temps de sa jeunesse et de sa visite de la grotte celle où Bernadette Scoubidou a vu. je rigole. Elle se fige comme si la sonnette de sa porte avait grésillé dans le confort autarcique de son appartement se demandant mais qui peut bien s’annoncer. je dis madame vous avez dit Scoubidou et c’est Bernadette Soubirous. Elle acquiesce. Hausse les épaules. L’habitude de trébucher.

Elle dit ma mémoire ressemble à une minuterie dès fois ça s’éteint se plaint je ne sors plus ce n’est plus possible ces travaux regardez quand c’est fini ici ça recommence là un jour je suis tombé et personne pour me ramasser vous croyez que ce n’est pas moche. Je dis oui. Je dis je vais devoir y aller. Elle dit ah d’accord se dit le pauvre j’ai dû l’embêter regrettant ce bavardage souhaitant alors offrir un vous êtes bien aimable de nos jours ajoute les manières ne sont plus les mêmes à mon époque même les truands avaient du savoir-vivre.

Je dis vous croyez. Elle réfléchit. Se rend à l’évidence que l’exemple n’est pas le mieux choisi. Elle convient que le truand d’hier et d’aujourd’hui ce n’est pas un modèle. Elle dit oui, oui. Le premier oui admet l’évidence le second signifie un mais qui ne dit pas son nom une manière de pointer que certaines valeurs avaient du bon et que c’est dommage de les perdre même si d’autres choses sont maintenant mieux. Elle sourit ajoutant vous savez il faut tant d’années pour faire pousser un arbre et si peu de temps pour l’abattre.